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Parcours, chacun son temps

 

Réalisé dans le cadre des ateliers Porte-Voix réalisés au Centre jeunesse de Montréal – Site Cité des Prairies depuis 2012, Parcours, chacun son temps est un recueil littéraire abordant les récits de vie des adolescents qui y sont hébergés en garde fermée. Suivant un processus de création rigoureux, ces jeunes se sont investis dans la réalisation d’un ouvrage structuré et accrocheur dont les propos exprimés librement et sans restrictions, nous offre de riches perspectives sur les réalités entourant la judiciarisation juvénile. La pauvreté, le racisme et la violence qui ont marqués leurs routes et dont témoigne chacun de leur texte, forcent le lecteur à se questionner sur les enjeux complexes derrière la criminalisation des adolescents.

Le livre qui se présente comme un parcours, du d’où l’on vient au où l’on peut aller, est composé de récits, de poèmes, de chansons, de témoignages et d’entrevues abordant les récits de vie des participants.

Il se divise en 7 chapitres : D’où je viens, Mode de vie = Style de vie ?, Partie en fumée, Gwap, Red zone, Yellow brick road et Porte de sortie.

Issu d’une démarche d’art communautaire militant soutenu par Engrenage noir / Rouage et par la Fondation BéatiParcours, chacun son temps avait pour objectif d’offrir un espace de prise de parole libre et ouvert aux jeunes judiciarisés afin qu’ils puissent s’exprimer sur des enjeux sociopolitiques les touchant de près.
 

Quelques citations tirées de Parcours, chacun son temps :

 

«D’où l’on vient, la vie n’a pas toujours été facile. […] Dans nos quartiers, le profilage racial est très présent. Le nombre d’immigrants est élevé, alors qu’on fasse les bons ou les mauvais choix… Ce genre de chose (le profilage) nous arrive à tous. »

«J’ai grandi dans la misère un sac de lait ça coutait cher.»«Je serais prêt à mourir pour que les gens que j’aime vivent mieux. Que ma mort assure leur survie, leur bien-être.»

«Quand j’avais 13 ans, j’ai été passé des CV car je ne voulais pas finir en vendeur de drogue, mais on ne m’a jamais rappelé pour une entrevue. Alors, je me suis dit fuck that et j’ai commencé à faire des mauvais coups.»

«Money is the reason, Money is the motivation […] Money is the reason, Why all this people killin’ […] Money is the reason why this people hustlin’, Money is the reason why we are in this prison.»

«J’avais peut-être 8-9 ans mais ma décision était déjà prise, jamais je n’aurais la même vie que ma mère.»

«Je veux du bien pour tous mes gars dans la rue, voir plus loin que tout ça car un jour on sera papa et si on n’est pas là, dis-moi qui les élèvera ?»

«Mes choix n’ont pas été totalement les miens, car, oui, dans la vie, on a toujours le choix, mais quand t’as 13 ans et que tes parents n’ont pas d’argent, et qu’on veut avoir des choses, et aider nos parents, on n’a pas beaucoup d’opportunités pour faire de l’argent.»

«On a beau vouloir changer, mais quand ça fait partie de notre famille et de notre milieu de vie… Comment peut-on réussir ?»

Selon la coordonnatrice du projet, le livre révèle un caractère éminemment politique et, à travers celui-ci, l’organisme espère sensibiliser les décideurs publics, les éducateurs.trices ainsi que le grand public aux causes systémiques liées à la judiciarisation : «Il me semble qu’à la lecture des textes que contient ce livre, il devient impossible de nier les rapports de causes à effets entre les différents facteurs socioéconomiques perpétuant les cycles de la délinquance. Je crois que socialement, nous nous questionnons souvent à savoir quelle est la meilleure façon de «protéger» la société, soit par des mesures coercitives, soit par la réhabilitation, mais qu’il manque une réelle volonté politique d’éviter la délinquance en réglant les inégalités sociales à leur base.  Je pense que nous devons comme société nous intéresser à la question de la judiciarisation de la pauvreté de même qu’à la surreprésentation de jeunes issus de communautés ethniques spécifiques dans nos institutions. Offrir de meilleures perspectives d’avenir aux jeunes issus des quartiers pauvres, mettre sur pied des plans d’action concrets pour mettre fin au profilage raciale et au racisme sous toutes ces formes et soutenir les familles en difficulté me semblerait un meilleur «investissement» pour la «protection» durables des communautés.»

Pour vous procurer le livre communiquer avec Emily Laliberté, coordonatrice du projet à : elaliberte@funambulesmedias.org